Transcription de l'interview accordée par Sam Hocevar, Debian Project Leader élu en 2007, à Radio Campus Rouen, pour l'émission Un clavier azerty en vaut deux diffusée le 3 mai 2007

Interviewer : Bonjour, Samuel Hocevar. Je suis très ravi de t'avoir au téléphone. Samuel, tu es le Debian Project Leader, c'est-à-dire le leader de Debian, qui vient d'être élu en 2007. Est-ce que tu peux te présenter, un petit peu, Samuel.

Samuel Hocevar : Oui, bonjour. Je suis Samuel Hocevar. Je suis français. J'ai une formation d'ingénieur après laquelle j'ai fait une thèse en vision par ordinateur, que je n'ai pas encore terminée. J'ai besoin de temps pour la finir et je n'en ai pas beaucoup. En parallèle, je travaille dans une petite société qui fait du soft embarqué pour des caméras et pour des applications, entre autres, de la video-surveillance.

Interviewer : Tu as quel âge, Samuel ?

Samuel Hocevar : J'ai 28 ans.

Interviewer : Et tu habites à Paris ?

Samuel Hocevar : À Paris, oui.

Interviewer : J'ai vu ton CV sur le net. Tu as travaillé également pour la SNCF, si je ne dis pas trop de bêtises.

Samuel Hocevar : C'est ça, oui. J'ai travaillé sur un prototype de simulateur de conduite.

Interviewer : Et tout ça, c'est dans le domaine des logiciels libres ?

Samuel Hocevar : Pas directement. J'ai utilisé beaucoup de logiciels libres. Il y a du soft que j'ai fait, qui est maintenant libre. Par exemple, dans le cadre de mon travail à la SNCF, j'ai écrit beaucoup de code pour le projet VideoLAN. J'ai écrit un plugin pour navigateur web, qui joue de la video, des choses comme ça.

Interviewer : Le projet de VideoLAN, c'est VLC. C'est notamment ce qui est utilisé par Free pour faire le FreePlayer. Tu utilises Debian depuis combien de temps ?

Samuel Hocevar : Ça va faire à peu près dix ans ; peut-être un peu plus maintenant. En fait, j'ai découvert Debian un petit peu par hasard. J'avais acheté un CD avec plusieurs distributions qu'on pouvait essayer et je les ai toutes essayées. Finalement, Debian est la seule sur laquelle j'ai réussi à faire fonctionner l'interface graphique. Donc je l'ai gardé. C'était un peu par hasard.

Interviewer : Puis tu es devenu ensuite développeur Debian et tu as contribué à la communauté Debian. Ça représente quoi de devenir le Debian Project Leader ?

Samuel Hocevar : C'est très pompeux. Debian est assez bien régi et protégé contre pas mal d'abus de pouvoir, etc. Il y a un texte qui est la Constitution, qui décrit un petit peu le rôle de chacun. Le Leader a un rôle principalement de porte-parole, quand même. Il est là pour parler au nom de Debian mais il a aussi une espèce d'autorité constitutionnelle sur le reste du projet, notamment la possibilité de nommer des gens à différents postes, qui s'appellent des postes de délégués. Par exemple, dans Debian, il y a une instance qui s'appelle le Comité Technique, qui s'occupe de résoudre des conflits ou des problèmes ouverts à connotation technique. Donc pas des conflits d'ordre plus social, je dirais, mais uniquement techniques. Et le Project Leader peut nommer ou retirer des gens dans le Comité Technique.

Interviewer : Est-ce que tu orientes également l'avenir, les choix technologiques du développement de la distribution ou c'est très communautaire ou tu as quand même un pouvoir pour dire : « Je pense que pour l'avenir, pour l'amélioration du projet, il serait bon d'aller dans cette direction, qu'on fasse comme ça et qu'on abandonne des pratiques ou des choses qui avaient été faites jusque là ». Est-ce que tu as ce pouvoir également ?

Samuel Hocevar : Constitutionnellement, pas vraiment, non. Les gens ne sont pas du tout obligés d'écouter le Project Leader. En revanche, comme il est élu et qu'il représente le choix le plus consensuel ou démocratique — ça dépend du point de vue, bien sûr ; cette année, il y avait 8 candidats donc il y a forcément 7 mécontents au moins — on peut considérer que le vote lui donne une certaine légitimité et que si ce qu'il propose était dans son programme, on peut s'attendre à ce que ce soit reçu avec plutôt de la bonne volonté et de l'enthousiasme. Maintenant, il n'y a aucun texte dans Debian qui dit qu'il faut écouter le Project Leader quand il dit par exemple qu'on doit faire une nouvelle version de Debian tous les ans, ce genre de choses n'est absolument pas un texte de loi.

Interviewer : Ça reste encore quelque chose d'indicatif mais tu ne tapes du poing sur la table en disant : « C'est comme qu'on va faire maintenant ». C'est toujours quelque chose qui va continuer à être débattu et développé en interne chez Debian.

Samuel Hocevar : Exactement.

Interviewer : Tu parles justement de vote, que tu es élu, que tu as une légitimité. Ça se passe comment ? Tu as un programme ? Tu proposes des points de travail. Qui va voter pour toi ? Comment est-ce que c'est organisé ? Techniquement, comment ça se passe et surtout sur quoi toi, personnellement, tu t'engages par rapport à l'avenir de Debian.

Samuel Hocevar : Je vais peut-être commencer par la façon dont c'est organisé. Ce n'est pas depuis le début du projet Debian qu'il y a un Project Leader au sens qu'il a dans la Constitution. C'est vers 1996 que la Constitution a été créée et que le rôle officiel du Leader a été défini. Avant ça, c'était plus le leader de facto qui s'engageait à prendre les grandes décisions. Mais depuis, il y a une constitution avec une espèce de séparation des rôles pour éviter des prises de pouvoir un petit peu controversées. Le Leader est reconduit tous les ans ; donc c'est un mandat d'un an et tous les ans, il y a une élection dans laquelle tous les développeurs officiels membres de Debian ont le droit de vote. Cette année, il y avait un peu plus de 1050 développeurs qui avaient le droit de vote. Au final, il y en a un peu moins de 500 qui ont effectivement voté. C'est quand même un taux de participation relativement élevé, notamment par rapport à l'an dernier. Ça veut dire qu'il y a plus de la moitié des développeurs qui n'ont pas voté, soit parce qu'ils n'ont pas pu, ce qui est probablement la raison la moins plausible parce qu'on a quand même trois semaines pour voter, pour se décider. C'est certainement que les questions de politique interne et d'organisation ne leur tiennent pas spécialement à cœur.

Interviewer : Ils sont plus dans un rôle technique et technologique que dans le fonctionnement réel, l'organisation de Debian.

Samuel Hocevar : Voilà. Il y a des gens qui sont dans Debian uniquement pour des raisons d'excellence technique et pour lesquels le contrat social originel et l'engagement qu'on prend vis-à-vis de nos utilisateurs suffisent largement. Ils considèrent que la politique, c'est simplement des petites déclinaisons, des petits arrangements qui sont faits et qui ne pervertissent absolument pas l'idée générale de Debian.

Interviewer : Ils ont confiance et pensent, de toute manière, que quel que soit le Project Leader, ça va rester dans la lignée Debian, qui est le libre de manière stricte et que ça ne veut pas du tout dénaturer le contrat social que Debian a passé.

Samuel Hocevar : Voilà.

Interviewer : Juste un petit rappel. Tu disais que la Constitution avait été créée en 1996. Debian a été créé en 1993 ; c'est quand même arrivé très tôt dans la vie de Debian, cette Constitution. Le vote se passe par Internet, je suppose.

Samuel Hocevar : Tout à fait. Ça se passe par e-mail. Une particularité des développeurs Debian, c'est qu'ils ont tous une clé cryptographique PGP qui sert à la fois à les identifier et à certifier les messages qu'ils envoient lorsqu'ils le jugent utile. Le vote se passe avec ce système de cryptographie, c'est-à-dire que tous les développeurs envoient leur mail de vote à un robot qui va certifier que le mail vient bien de cette personne-là, vérifier que le vote est valide. A priori, aucun humain n'intervient dans l'affaire. Il y a quand même une vérification d'éventuels rejets pour des raisons techniques indépendantes de la volonté du votant, de purs problèmes techniques. Mais à part ça, tout se fait de manière automatique et chacun vote non pas pour son candidat favori mais pour une liste de candidats. Cette année, il y avait 8 candidats. Dans le système de vote, on rajoute un candidat supplémentaire virtuel qui en gros veut dire : « aucun des autres candidats ». On peut donner notre préférence à ce candidat-là si aucun des autres candidats ne nous satisfait.

Interviewer : C'est un peu comptabiliser des votes blancs, quoi.

Samuel Hocevar : Oui, voilà. Avec une connotation de rejet plus que d'indécision. Le vote blanc peut être simplement une indécision alors que ce candidat virtuel, c'est vraiment : « Je ne veux aucun des autres candidats ». Ensuite, chaque votant fait une liste avec ces candidats et donne son ordre de préférence en faisant éventuellement des ex æquo, etc. mais en gros, ce qu'il envoie dans son bulletin de vote, ce sont ses préférences. Il met en premier le candidat qu'il aimerait bien voir gagner. Il met en deuxième candidat qui, si le premier candidat n'était pas élu, il tolérerait encore celui-là, etc. jusqu'à la fin.

Interviewer : Ça, c'est le fonctionnement technique mais tu as un programme, tu défends des idées ? Tu présentes une ligne de conduite ? Tu fais des remarques sur ce que tu aimerais voir apparaître ? C'est comme ça que ca se passe ?

Samuel Hocevar : Ça se fait de manière un peu subjective et psychologique. C'est-à-dire qu'on se rend bien compte que le Project Leader lui-même ne peut pas tout faire. La Constitution ne lui permet pas d'avoir une influence énorme sur les développeurs. Mais comme c'est aussi un vote d'adhésion, il peut faire des propositions de ce qu'il va effectuer lui-même pendant son mandant. Il y a une période de campagne et avant ça, une période de nomination. Pendant la période de nomination, qui dure trois semaines, chaque candidat dit qu'il va se présenter et avant la fin de cette période de nomination, il va écrire ce qui s'appelle en anglais une plate-forme, une espèce de programme dans lequel il va décrire un petit peu qui il est lui-même, ce qu'il voit pour l'avenir de Debian et ce qu'il va essayer d'accomplir lui-même, avec évidemment la participation des développeurs qui vont être motivés et enthousiasmés par son programme.

Interviewer : Justement, en ce qui te concerne, quel est le programme que tu as envisagé, la vision que tu as de Debian, vers quoi tu voudrais la voir se diriger. Ton programme, ce que tu envisages pour Debian.

Samuel Hocevar : J'avais un programme qui était très, très long. Je pense que j'avais le deuxième plus long de tous les candidats, qui avait deux axes principaux : premièrement faire en sorte que Debian plaise de nouveau à nos utilisateurs, et deuxièmement, faire en sorte que les développeurs se plaisent de nouveau dans Debian. Ça part d'un constat qu'on peut considérer comme un peu négatif : premièrement que Debian a perdu un peu de son attrait au fil des années ou n'a pas réussi à gagner ce que j'appellerais des parts de marché — même si on peut difficilement raisonner en ces termes-là — auprès des nouvelles catégories d'utilisateurs qui vont se mettre à utiliser Linux, notamment des utilisateurs qui sont passés à Ubuntu très rapidement, dès qu'Ubuntu est sorti. Tout le monde ne s'accorde pas sur le fait de savoir s'il s'agit d'un problème ou pas, si Debian devrait essayer de regagner ses utilisateurs ou est-ce que finalement, c'est normal qu'Ubuntu ait gagné ces utilisateurs-là parce qu'il s'adresse à un public différent de Debian. Ce sont des choses avec lesquelles tout le monde n'est pas forcément d'accord. J'avais un programme dans lequel je disais : « Il faut rendre Debian plus sexy », c'est-à-dire attirer des utilisateurs qui ne sont pas forcément attirés par l'austérité et la simplicité, ce qui ne veut pas non plus dire qu'il faut sacrifier à notre excellence technique et à notre simplicité, etc. En revanche, j'aimerais un peu qu'on arrête avec une attitude que je qualifierais d'un peu élitiste qu'on peut voir à la fois chez des utilisateurs de Debian et chez des développeurs qui est de dire : « On n'a pas besoin que telle partie de Debian soit simple parce qu'il faut que les gens apprennent tout seul, parce que si on est compétent, on sait comment ça marche ». Ce sont des discours que je n'ai plus envie d'entendre. Il y a dix ans, Linux était un petit peu pour les bidouilleurs, pour les gens qui connaissent. Aujourd'hui il y a des distributions qui montrent bien qu'on peut faire du Linux pour le grand public. Je n'irais pas jusqu'à dire que Linux est prêt pour toutes les utilisations du grand public. C'est pour dans 5 ans voire dans 10 ans, à mon avis. Ce n'est pas pour autant qu'il faut abandonner les projets et les travaux qui vont dans ce sens-là. Je ne veux surtout pas que Debian se ferme à ces utilisateurs-là mais commence dès maintenement à les séduire.

Interviewer : Ce que tu redoutes, c'est que les utilisateurs qui découvrent Linux partent vers Ubuntu et que Debian ne reste plus que le repaire des meilleurs ou des plus extrémistes ou des plus techniques, et que pour faire une sorte d'écrémage, il n'y ait plus que les meilleurs et les plus forts qui arrivent à suivre Debian et qu'on ne s'inquiète pas de ceux qui arrivent dans le monde Linux et qu'on n'essaie pas de les drainer vers Debian.

Samuel Hocevar : Voilà. C'est simplifié mais c'est vraiment très proche de ma pensée.

Interviewer : Comment comptes-tu faire pour y arriver, pour rendre Debian plus sexy, plus attrayante ?

Samuel Hocevar : Il y a des projets purement techniques que je propose, qui sont par exemple de rendre notre système de gestion de bugs un peu plus facile à utiliser pour les utilisateurs. Nous avons un système de gestion de bugs qui est vraiment très, très puissant, qui est inégalé dans certains domaines, qui permet de gérer très facilement et massivement des bugs sur différents paquets qui sont liés, de gérer les dépendances, de voir tout un historique. On peut envoyer un mail pour agir sur 10 bugs en même temps, vraiment faire du data minding très puissant sur notre système de gestion de bugs. Mais, d'un autre côté, on n'a pas une interface web qui permet facilement de rapporter un nouveau bug ou de rajouter une information en passant. Il faut chaque fois envoyer un mail. Il y a certains utilisateurs qui pourraient apporter une information pertinente pour un bug, aider à le résoudre. Ils font une recherche sur Google pour le problème qu'ils ont avec Debian, ils se retrouvent sur le système de gestion de bugs avec quelqu'un qui a le même problème, ils voudraient dire : « Moi, j'ai ce problème dans telles conditions, peut-être que c'est dû à ça ». Pour n'importe quelle information supplémentaire, ils sont obligés d'envoyer un mail à une adresse particulière au lieu de simplement cliquer sur la page où ils sont, rentrer dix lignes de texte et puis appuyer sur Entrée.

Interviewer : C'est un frein pour toi ? Tu penses qu'il y a pas de mal de personnes qui, du coup, ne font pas de rapport de bugs parce que c'est trop compliqué.

Samuel Hocevar : Tout à fait. Même moi qui ai une expérience de l'utilisation de ce système de plus de 10 ans, ça m'ennuie de devoir envoyer un mail alors que j'ai simplement deux lignes de précision à rajouter pour un bug particulier. C'est vraiment un frein à tous les niveaux et je ne comprends pas l'attitude qu'ont certains de dire que c'est suffisant. Ça peut être suffisant pour eux et je ne remets pas du tout en cause l'interface mail qu'il y a, qui est très puissante, qui permet de travailler même si on est déconnecté d'Internet. Il n'y a aucune raison de penser que ce n'est pas une interface géniale, mais je ne vois pas non plus de raison de refuser aux utilisateurs qui aiment bien les interfaces web d'utiliser ce système aussi.

Interviewer : Au niveau de l'interface même du site web de Debian, j'ai cru comprendre que tu trouvais que même le site de FreeBSD était plus sexy que le site de Debian.

Samuel Hocevar : Effectivement, notre site n'a pas vraiment changé depuis presque dix ans maintenant. On a rajouté un logo qui a changé, il y a un peu plus de couleurs, mais le site reste très austère, statique. On a une liste des news qui sont liées à Debian qui est mise à jour tous les trois mois, peut-être. Ça ne fait pas très vivant ; ça, c'est aussi purement subjectif. Changer le site web ne change absolument rien à la qualité de Debian, à la façon dont on va trouver les informations. Rien que pour l'image de Debian et pour montrer que ce n'est pas un projet qui est à l'abandon et qui fonctionne encore, il faudrait avoir un site web un petit peu plus joli, oui.

Interviewer : Au niveau technique, il y a des choses que tu comptes faire également dans Debian. Là c'est l'aspect communication que tu abordes. Au niveau technique, sur les releases, sur le choix des paquets, des risques éventuellement à prendre pour garder certains utilisateurs ?

Samuel Hocevar : Au niveau technique, j'ai tendance à faire confiance aux gens qui veulent travailler précisément sur certains projets. Moi, j'ai plus envie de donner à ces gens l'envie de travailler sur Debian que de faire moi-même des projets. J'ai quelques projets techniques, notamment une interface de collaboration avec d'autres distributions parce que toutes les distributions Linux, sans exception, lorsqu'elles font un package à partir d'un logiciel qu'elles trouvent sur un site web, elles vont plus ou moins patcher ce logiciel pour qu'il s'intègre bien à la distribution pour éventuellement corriger des bugs aussi, qui théoriquement sont renvoyés au développeur principal du logiciel. Chaque distribution fait un peu ce boulot-là. Chaque distribution va un peu voir ailleurs ce qui se fait mais il n'y a aucun outil centralisé qui facilite la tâche. C'est-à-dire que moi j'ai un paquet Debian avec une dizaine de patchs qui sont appliqués, qui sont spécifiques à Debian ; je n'ai aucun moyen de savoir si dans Mandriva, si dans SuSE, si dans Ubuntu, il y a les mêmes patchs qui ont été appliqués ou pas. Je suis obligé d'aller voir par moi-même pour chaque paquet que je maintiens et pour chaque patch, si ce patch a été appliqué.

Interviewer : Donc, tu voudrais centraliser les patchs que Debian fait et les rendre publics ; dire très exactement ce que vous avez sur chaque paquet ou c'est centralisé ce que les autres ont fait également dessus ?

Samuel Hocevar : Les deux, en fait. Disons que mon intérêt principal, c'est que ce soit un outil utile à Debian mais il y a vraiment très peu de choses à faire pour adapter un tel outil pour qu'il soit aussi utile aux autres distributions.

Interviewer : Mais ça engage que les développeurs des autres distributions suivent le même principe et viennent expliquer ce qu'ils ont fait et mettent à jour ce que eux font sur les paquets.

Samuel Hocevar : Pas spécialement. L'idée serait d'avoir un outil automatique qui aille chercher dans les autres distributions quels sont les patchs appliqués. Ça c'est la présentation simple. Après, deux patchs sont fonctionnellement équivalents mais ne sont pas exactement les mêmes ; lorsque deux patchs sont fusionnés, les patchs ne sont pas au même endroit suivant la distribution, suivant le paquet. Je dirais que ce sont des détails : si on arrive déjà à résoudre 80 % des cas, je serais content.

Interviewer : J'ai vu aussi que tu étais partisan des petits projets, pas forcément des gros projets, mais qui pouvaient rendre le travail plus attrayant, plus sexy pour les développeurs.

Samuel Hocevar : L'idée derrière ça, c'est que lorsqu'on a un projet qui dure six mois, c'est difficile de motiver des gens en permanence pendant les six mois pour finir le projet. Si la personne qui travaille le plus, parce qu'il y a toujours quelqu'un qui mène un petit peu les travaux, si cette personne est démotivée ou n'a plus vraiment d'intérêt ou a d'autres priorités que ce projet, le projet va énormément ralentir, et le projet, au lieu de durer six mois, il peut très bien durer deux ans. Si on enlève la personne principale dessus, c'est problématique. Tandis que si on arrive à segmenter ce projet en plusieurs petits projets qui sont censés durer chacun deux ou trois semaines, si un des petits projets rate ou prend du retard, on peut quand même intéresser d'autres gens à d'autres petits projets. Je pense que le dynamisme des petits projets va être largement supérieur à celui d'un gros projet.

Interviewer : Les développeurs ont du mal à rester longtemps sur un long projet. Ils s'essoufflent, entre guillemets ?

Samuel Hocevar : Pas tous. Il y a des gens qui sont dans Debian depuis la première heure et qui travaillent de plus en plus, qui passent un temps absolument incroyable dessus. Il ne faut pas oublier qu'on avait 20 ans quand Debian a commencé ; maintenant on a plutôt 30 ans. Les développeurs commencent à avoir la bague au doigt, à avoir des gamins. On n'a plus vraiment le même temps disponible pour travailler sur Debian et les populations ne se renouvellent pas automatiquement. Il va falloir commencer à penser à ce qu'on va faire quand les développeurs qui faisaient tout vont faire un petit peu moins et vont faire de moins en moins.

Interviewer : Justement, ça se passe comment pour toi au niveau de la gestion de ton temps ? Tu travailles, tu as une vie privée. Comment tu gères le fait d'être le Debian Project Leader en même temps de tes recherches, de ce que tu fais encore actuellement ?

Samuel Hocevar : Ce n'est pas extrêmement consommateur. C'est beaucoup de communication. Écrire des mails, ça peut se faire sur des horaires très divers. Pour moi, c'est moins pénible que de faire un boulot purement technique où j'ai besoin d'être concentré, d'affiner pendant plusieurs heures. Là, je peux commencer un mail et reprendre mon mail un peu plus tard. Pour organiser mon temps, ce que j'ai commencé à faire, c'est que tous les paquets que je maintenais, je les ai fait maintenir par une équipe de mainteneurs plutôt que par moi tout seul. Ça, c'est quelque chose que je prône aussi dans mon programme, c'est de faire de plus en plus d'équipes de maintenance de paquets qui souvent sont thématiques ; c'est-à-dire qu'il y a une équipe qui va s'occuper des paquets KDE, une équipe qui s'occupe des paquets GNOME, ça existe déjà. J'aimerais que ce soit de plus en plus la norme dans le principe de maintenance des paquets. Comme ça, on n'est pas obligé d'attendre trois semaines que le mainteneur de GNOME revienne de vacances, que le mainteneur de gcc soit de nouveau motivé par son paquet.

Interviewer : Répartir la responsabilité des paquets sur plusieurs personnes et pas concentrer le pouvoir sur un seul.

Samuel Hocevar : Tout à fait. À une époque, j'étais le développeur dans Debian qui avait le plus de paquets. Maintenant, ce n'est plus du tout le cas parce que, pendant un an, j'ai trouvé des gens pour participer à mes paquets. J'ai créé des équipes de maintenance pour d'autres paquets. Ce qui fait que maintenant, j'ai encore beaucoup de paquets que je maintiens mais des paquets que je maintiens tout seul, il n'y en a plus tellement, ce qui fait que dans l'ensemble, j'ai besoin de passer de moins en moins de temps à faire de la gestion technique de mes paquets. Ça veut dire aussi que j'ai un peu déporté ma charge de travail sur d'autres gens. Ça, ils en étaient conscients et maintenant que je suis Project Leader, ça ne va pas s'améliorer, mais c'était prévu et ça servait précisément à ça.

Interviewer : En fait, ça ne te prend pas tellement plus de temps que ça parce que tu as quand même réduit des activités que tu avais auparavant. Au niveau professionnel, tu as un accord quelconque avec ton employeur ? Est-ce que c'est convenu que tu peux avoir, sur ton temps de travail, des créneaux pour gérer ta charge sur Debian ?

Samuel Hocevar : Pas spécialement. Je prends parfois du temps pour écrire un mail mais il n'y a jamais urgence pour écrire un mail donc je peux très bien attendre le soir quand je suis chez moi pour répondre à un mail. Par ailleurs, dans mon cadre professionnel, il y a certaines tâches que j'effectue pour Debian pour lesquelles mon employeur est bien sûr au courant et il n'a absolument rien contre Debian. Non, je ne vais pas passer du temps de travail à mes tâches de Project Leader.

Interviewer : Il n'y a pas un accord officiel comme c'était le cas avec Linus Torvalds quand il bossait pour Transmeta ?

Samuel Hocevar : Non, pas du tout. Je pense que le volume de travail n'est absolument pas comparable à ce que pouvait faire Linus.

Interviewer : On revient deux secondes sur ce que tu veux faire de Debian. Tu veux la rendre plus sexy : plus sexy pour l'utilisateur, plus sexy pour le développeur. Tu veux créer des équipes de mainteneurs. Tu veux également créer des projets plus courts qui permettent justement de ne pas démotiver parce qu'on peut repartir sur d'autres projets plus courts à côté. Pour toi, quel est l'avenir de Debian, la direction qu'elle doit prendre. C'est quoi Debian dans un an, dans deux ans, dans trois ans ?

Samuel Hocevar : En tant que projet, sans tenir compte de la distribution elle-même, je pense que Debian est toujours sur la bonne voie ; il faut juste supprimer quelques verrous par ci par là, qui sont dus à des gens qui sont là depuis très longtemps et qui ont pris un peu l'habitude que ça fonctionne comme ça, qui sont plutôt réfractaires aux changements. Avec cette idée de créer des équipes de maintenance, j'aimerais aussi grossir les équipes qui s'occupent de l'infrastructure de Debian, qui s'occupent d'accueillir les nouveaux. Toutes ces équipes-là sont en sous-nombre et j'aimerais les rendre plus dynamiques. Debian a grossi sur tous les plans depuis 10 ans. Depuis quatre ans ou cinq, en même temps que le nombre de paquets dans Debian a été multiplié par 10, le nombre de développeurs a été multiplié par 10, le nombre d'architectures supportées a été multiplié par 10 aussi parce qu'au début, on ne supportait que les PC ; maintenant, il y a 10 architectures différentes. Tout est multiplié par 10 ; par contre, la capacité de travail moyenne du développeur Debian diminue pour la raison que j'ai évoquée : des gens qui sont pris par leur vie privée de plus en plus ; on n'est pas étudiant à vie, non plus. J'aimerais quand même qu'on puisse multiplier aussi par 10 la capacité de travail de notre masse de développeurs. Et ça, ça se fait en accueillant des nouveaux développeurs un peu plus facilement que ce qu'on fait actuellement.

Interviewer : C'est difficile de devenir un développeur officiel Debian ?

Samuel Hocevar : Difficile dans le sens « difficulté technique », c'est absolument pas insurmontable parce qu'on a un mentor qui va regarder un petit peu le travail qu'on fait. Il faut quand même savoir développer un petit peu mais on n'est pas obligé d'être un génie. Par contre, ça prend du temps. Il faut, en moyenne, un peu plus d'un an pour devenir développeur Debian à l'heure actuelle. Et ça, c'est dû à des sous-nombres un petit peu partout. Il n'y a pas un nombre infini de mentors qui nous aident à devenir développeur. Il y a aussi un problème de responsabilité un peu accumulée pour les gens qui s'occupent d'accepter les nouveaux développeurs. Il n'y a, à l'heure actuelle, qu'une seule personne qui maintenant a le droit de dire : « Cette personne, je l'accepte en tant que développeur, celle-là, je la refuse ». Il se trouve que cette personne est aussi responsable de l'archive FTP, elle est aussi administrateur des machines. Elle cumule des fonctions qui font que, au gré des priorités, on ne va pas avoir beaucoup de temps pour accueillir les nouveaux développeurs. Il y a aussi des raisons techniques derrière ça : comme tout fonctionne de manière cryptographque, c'est très difficile de partager le pouvoir qu'on a de rajouter quelqu'un dans une liste de gens de manière à ce que la sécurité de l'ensemble du système soit conservée.

Interviewer : Il ne faut pas ouvrir de faille, ni prendre le risque d'avoir une corruption sur une personne qui se ferait passer pour quelqu'un d'autre et qui commencerait à participer à un projet alors que ce n'est pas la bonne personne.

Samuel Hocevar : Voilà. Pour résoudre ce problème, il y a des choses techniques à résoudre mais aussi des choses un petit peu plus sociales. Il faut convaincre cette personne qu'on peut rajouter des gens qui travailleront avec elle et qui ne soient pas toxiques pour Debian. Il y a aussi un énorme problème de confiance à tous les niveaux dans Debian. C'est-à-dire que plus on est vieux, plus on regarde les jeunes avec réticence parce qu'ils arrivent quand même plus facilement qu'avant avec pas forcément les mêmes compétences, les mêmes motivations. C'est vraiment difficile de mettre tout le monde d'accord sur ce qu'on veut vraiment qu'un nouveau développeur soit.

Interviewer : Oui, entre ceux qui ne veulent pas que ça change trop et les nouveaux qui doivent penser que ça n'avance pas assez vite, qu'il y a beaucoup de frein. Il faut concilier tout ça, pour éviter qu'il y ait des incompris et des frustrations. Ce n'est pas simple.

Samuel Hocevar : Non, ce n'est pas simple. J'aimerais qu'on arrive à un système un peu plus dynamique où les gens passent peut-être six mois à faire des tests techniques, mais n'attendent après six autres mois que leur compte soit créé juste parce qu'on hésite.

Interviewer : Quoi d'autre pour l'avenir de Debian ?

Samuel Hocevar : Au niveau de Debian, la distribution elle-même, j'ai donné mon avis sur ce que j'aimerais qu'on fasse au niveau du calendrier des nouvelles versions. Ce n'est pas du tout moi qui décide au niveau des attributs du Project Leader. J'aimerais bien qu'on passe à un modèle où on se fixe une date et on sort une nouvelle version à cette date plutôt que la méthode actuelle qui est plutôt : « On se fixe une date et on essaie d'y arriver mais l'objectif principal, c'est que le nombre de bugs qu'on appelle release critical, c'est-à-dire critiques pour la sortie de la nouvelle version, atteigne zéro ». On n'atteint jamais zéro, depuis presque 15 ans, on n'atteint jamais zéro, mais on essaie le plus possible de s'en approcher, ce qui veut dire que des retards de 6 mois sont complètement normaux.

Interviewer : Et ça, ce n'est pas forcément facile à comprendre pour le grand public.

Samuel Hocevar : Non. Après, dire qu'on release tous les ans ou tous les 18 mois, en acceptant qu'il y ait des bugs critiques, ce n'est pas non plus forcément compréhensible par tous. Là aussi, c'est une chose sur laquelle on ne sera jamais d'accord, malheureusement. C'est là que les stratégies des entités un peu plus commerciales qui ont des managers de projets qui ont des moyens de pression, qui sont simplement le salaire, sur le développeur et qui permettent vraiment d'atteindre des objectifs, ça manque à Debian. Je ne veux pas du tout passer à un modèle de ce genre-là. Je pense que par la coopération, on peut quand même arriver à un modèle qui marche et à des gens qui sont motivés pour sortir une nouvelle distribution, que ce soit basé sur une date fixe ou sur un objectif fixe.

Interviewer : C'est financé comment, Debian, actuellement ? Il y a de l'argent dans Debian ?

Samuel Hocevar : Debian, en tant que tel, n'est pas vraiment une entité juridique. En fait, c'est simplement un projet qui est chapeauté par une organisation un peu équivalente à nos associations loi 1901 en France, mais qui est américaine, qui s'appelle SPI (Software for Public Interest). Elle a chapeauté pendant un moment le projet GNOME, le projet GAIM, qui est un clone d'AOL Instant Messenger. Cette association s'occupe de gérer les fonds de Debian, qui viennent quasiment exclusivement de dons. Je ne connais pas d'autres sources de revenu pour Debian.

Interviewer : Des dons de sociétés, des dons de particuliers ?

Samuel Hocevar : Les deux. Des mécènes un petit peu partout. Il y a quand même beaucoup de dons de sociétés. Cet argent est utilisable par le projet. Il est dans les comptes en banque de SPI mais il est utilisé par le projet quand il en a besoin.

Interviewer : Donc il y a des possibilités pour financer du matériel, des projets, des développeurs.

Samuel Hocevar : Il y a la possibilité de faire ce qu'on veut de cet argent. Après, c'est quand même réglementé par notre Constitution. La Constitution dit que c'est le Project Leader, en accord avec les développeurs, qui dépense l'argent. Ça veut dire en gros que l'action de dépenser l'argent est décidée par le Project Leader mais qu'il a plutôt intérêt à être d'accord avec les autres développeurs lorsqu'il fait quelque chose de l'argent de Debian. L'an dernier, il y a eu un projet qui avait pour objectif en gros de payer deux développeurs pour une certaine tâche ; ça n'a pas été très bien reçu par tout le monde ; ça a même été un peu la guéguerre dans le projet à cause de ça. Je ne compte pas prendre de décisions aussi controversées pour l'utilisation de l'argent parce que je pense que ce n'est pas au projet de donner de l'argent à ses propres développeurs, parce qu'il faut prendre en compte d'où vient l'argent et vérifier qu'on ne va pas trahir la volonté des gens qui donnent de l'argent à Debian lorsqu'on va distribuer cet argent à nos propres développeurs. Dans une association loi 1901, par exemple, le financement des membres est extrêmement réglementé. Théoriquement, on n'a pas le droit de redistribuer les bénéfices parmi les membres.

Interviewer : Il y a un coté éthique et déontologique dans l'utilisation de l'argent.

Samuel Hocevar : Voilà. Et qui diffère extrêmement suivant les cultures. En Europe, on est extrêmement réticent à ce genre de pratiques. En revanche, les Anglo-saxons ne voient pas ça d'un trop mauvais œil. Pour certains, c'est de la corruption, pour d'autres du sponsoring. Ça peut aller très loin. Je n'ai pas du tout envie de faire le test pour savoir ce que les gens en pensent. Je pense que tout le monde est d'accord qu'acheter une machine, c'est vraiment beaucoup plus consensuel parce que tous les développeurs peuvent utiliser cette machine, ils peuvent mettre leurs projets dessus, etc. Si on devait utiliser notre argent, ça doit être pour un besoin de tous.

Interviewer : L'interview touche bientôt à sa fin. Est-ce que tu aimerais rajouter quelque chose ? Debian face aux autres distributions ?

Samuel Hocevar : J'ai un peu parlé d'Ubuntu et du projet de centraliser les patchs pour les distributions. J'aimerais bien qu'il y ait plus de coopération entre les distributions. Pour ça, Ubuntu est un nom qui revient souvent dans les discussions parce qu'il y a énormément de développeurs Debian qui sont aussi développeurs Ubuntu, souvent parmi les plus productifs. La coopération pure entre Debian et Ubuntu n'est pas vraiment ce qu'on pourrait attendre d'elle lorsqu'il y a un tel recouvrement d'individus.

Interviewer : On dit parfois que le travail est fait en double.

Samuel Hocevar : Il est fait en priorité dans Ubuntu alors que, d'après la façon dont Ubuntu et Debian sont organisés, il y aurait plus intérêt pour les deux à ce que ce soit fait d'abord dans Debian. Pour ça, je n'ai pas vraiment mon mot à dire, face à Ubuntu, bien sûr. Par contre, ce qu'on peut faire, c'est donner plus envie aux développeurs Ubuntu de participer directement au développement de Debian, par exemple avec cette histoire de faire des équipes de maintenance qui soient beaucoup plus ouvertes aux développeurs Ubuntu que s'il n'y avait qu'un développeur qui s'occupe d'un paquet particulier, par exemple. Je ne pense pas qu'on puisse généraliser la coopération avec toutes les autres distributions. Ubuntu est aujourd'hui la distribution la plus populaire et c'est essentiellement avec eux qu'il faut travailler si on veut améliorer cet aspect-là des choses.

Interviewer : c'est plutôt agréable de savoir qu'il n'y pas d'antagonismes profonds entre Ubuntu et Debian sur le principe. Ensuite, il y a peut-être un problème de susceptibilité des développeurs à régler, d'un côté comme de l'autre, pour que les choses puissent avancer en commun.

Samuel Hocevar : C'est exactement ça. Que ce soit pour les relations Ubuntu-Debian ou pour plein d'autres choses. Par exemple, proposer qu'il y ait des équipes de co-maintenance, ça revient un peu à remettre en question la compétence du développeur d'un paquet. Il peut très bien avoir l'impression qu'on lui dise : « Tu n'es pas assez compétent ; il faut qu'il y ait d'autres gens qui s'occupent de ton paquet aussi ». Ça peut être très mal pris. Tout ça doit se faire avec beaucoup de diplomatie, faire en sorte que ça ne soit pas vu comme une proposition hostile. La diplomatie sera le plus gros problème dans ce que je vais essayer de faire pendant cette année parce qu'il va falloir faire avec toutes les sensibilités et faire en sorte que le projet ne soit pas vu comme des coups de pied au derrière même si parfois c'est un petit peu ce que ça devrait être. Il faut que les gens coopèrent. Le fait que j'aie été élu signifie que la majorité des gens sont d'accord avec ce que je dis. Ça va peut-être aider à rendre ça un peu plus facile. Clairement, c'est le côté social, communication et finalement séduction des autres développeurs qui va être le plus difficile.

Interviewer : Et tu repostuleras en 2008 pour poursuivre ce que tu commences en 2007 ?

Samuel Hocevar : Ce n'est ni prévu, ni souhaitable. Si, pendant un an, j'arrive à lancer tout ce que j'ai envie de lancer, l'an prochain, même si tout n'est pas fini, je n'aurai vraiment pas besoin d'être de nouveau Project Leader pour continuer le projet. Et dans mon programme, je dis qu'il faut du sang neuf, des nouvelles idées à chaque fois, je ne vais pas me représenter l'an prochain pour dire, finalement, la même chose que je dis cette année. Si quelqu'un d'autre arrive et a des idées encore meilleures, peut-être différentes mais tout aussi positives, je pense que ce serait largement souhaitable.